La couleur est souvent le premier critère regardé, et c’est le seul sur lequel un éleveur peut justifier un supplément de prix avec un seul mot : « rare ». Le problème, c’est que le mot n’a aucune valeur officielle. Le standard FCI n°148, qui fait autorité pour le teckel, donne une liste fermée de robes admises — et tout ce qui n’y figure pas est un défaut éliminatoire, c’est-à-dire un motif d’exclusion en confirmation.
Cette page reprend cette liste telle qu’elle est écrite dans la version en vigueur du standard, puis regarde ce que la génétique dit des deux robes qui posent des questions de santé : la dilution (le « bleu » et l’« isabelle ») et l’arlequin (merle).
La liste officielle n’est pas la même pour les trois variétés de poil
C’est le point que presque toutes les pages françaises passent sous silence. Le standard ne décrit pas « les couleurs du teckel » en bloc : il rédige une section couleur distincte pour chacune des trois variétés de poil, et ces sections ne sont pas identiques. Si vous choisissez d’abord entre le poil ras, le poil long et le poil dur, vous restreignez déjà, sans le savoir, la palette qui vous sera proposée.
Poil ras et poil long
Les deux variétés partagent la même liste :
- Unie : fauve. Une moucheture noire est tolérée, une robe foncée étant préférée.
- Bicolore : noir intense ou marron, avec les marques feu classiques — au-dessus des yeux, sur les côtés du museau et de la lèvre inférieure, au bord interne de l’oreille, sur le poitrail, à l’intérieur et à l’arrière des membres, sur les pieds, autour de l’anus, et se prolongeant sur le tiers ou la moitié inférieure de la queue. Les marques ne doivent être ni trop étendues, ni trop discrètes.
- Arlequin (merle) : le fond est toujours la couleur foncée, noire ou marron, avec des taches irrégulières grises ou beiges. Ni le foncé ni le clair ne doit dominer, et les grosses plaques ne sont pas recherchées. Seule exception de fond admise : le fauve tacheté.
- Bringé : fond fauve rayé de noir.
Poil dur
Le poil dur a sa propre liste, et c’est la seule des trois variétés où le sanglier existe officiellement :
- Unie : fauve, comme les deux autres.
- Panaché : sanglier, marron-sanglier, noir et fauve, marron avec marques feu.
- Arlequin et bringé, selon les mêmes définitions.
Autrement dit, un teckel sanglier est un teckel à poil dur — cette robe n’existe pas au catalogue officiel des deux autres variétés. À l’inverse, le bringé est admis dans les trois, contrairement à ce qu’on lit parfois.
La tache blanche : trois centimètres, et sur la poitrine seulement
Le standard tolère une petite tache blanche de 3 cm de diamètre au maximum, et uniquement sur la poitrine. Une marque blanche aux pieds, au bout de la queue ou sur la tête ne relève d’aucune tolérance. C’est un détail que les annonces oublient volontiers de mentionner sur des chiots « plaqués blanc ».
Les robes qui ferment la porte de la confirmation
Le standard est explicite : toutes les robes et variantes non définies constituent des défauts éliminatoires, et il nomme en plus deux cas particuliers parmi les défauts entraînant l’exclusion :
- La couleur noire ou marron sans marques feu. Un teckel entièrement noir, sans aucune marque feu, est donc exclu — beaucoup de gens l’ignorent et croient acheter la robe la plus classique qui soit.
- La robe blanche, avec ou sans marques feu.
Le manque de pigmentation, de façon générale, n’est pas souhaité. Cela ne dit rien de la valeur affective d’un chien : un teckel non confirmable est un compagnon comme un autre. Cela dit en revanche quelque chose du sérieux d’un élevage qui facture un supplément pour une robe que le standard écarte.
Le « bleu » et l’« isabelle » : une dilution, pas une couleur officielle
Ni le bleu ni l’isabelle ne figurent dans les listes ci-dessus. Ce ne sont d’ailleurs pas des couleurs à part entière, mais le résultat d’une dilution appliquée à une robe existante : le noir devient gris argenté (bleu), le fauve ou le marron devient sable clair (isabelle).
Cette dilution est associée à des variants du gène de la mélanophiline (MLPH), décrits chez le chien par Philipp et ses collègues (BMC Genetics, 2005). Les mêmes auteurs notent que la dilution s’accompagne parfois de perte de poils et d’inflammations cutanées récidivantes — ce qu’on appelle l’alopécie des robes diluées, ou CDA.
Cette affection concerne directement le teckel. Caramalac et ses collègues (Journal of Veterinary Diagnostic Investigation, 2021) rappellent que la CDA n’est observée que chez les animaux à robe diluée, la rattachent au variant c.-22G>A du gène MLPH, et mesurent une fréquence de l’allèle muté de 0,1 dans leur échantillon de teckels ; deux teckels homozygotes de l’étude présentaient effectivement l’alopécie. Les auteurs soulignent l’intérêt d’identifier les porteurs hétérozygotes — d’apparence normale — pour les écarter de la reproduction.
Un chiot « bleu » n’est donc pas systématiquement malade, et l’alopécie, quand elle apparaît, n’est pas douloureuse. Mais elle est irréversible, elle expose la peau, et elle demande un suivi à vie. Payer un supplément pour une robe qui ajoute ce risque et ferme la confirmation est une opération difficile à défendre. Si cette question entre dans votre décision, le détail du prix d’achat et du budget annuel d’un teckel remet ces suppléments en perspective.
L’arlequin (merle) : reconnu par le standard, exigeant côté élevage
L’arlequin est bel et bien admis par la FCI, dans les trois variétés de poil. Le standard va jusqu’à préciser que chez ces sujets, l’œil vairon ou gris argenté « n’est pas recherché, mais toléré ». Ce qu’il ne dit pas — parce que ce n’est pas son objet — c’est comment on produit un arlequin sans prendre de risque.
Ce que l’on sait du gène
Clark et ses collègues (PNAS, 2006) ont identifié l’origine du motif : l’insertion d’un élément SINE à la frontière intron 10 / exon 11 du gène SILV (aujourd’hui appelé PMEL17). Le caractère se transmet sur le mode autosomique à dominance incomplète, et les auteurs associent au locus merle, chez les porteurs hétérozygotes comme homozygotes, un éventail d’anomalies auditives et ophtalmologiques.
Varga et ses collègues (Genes, 2020) ont ajouté une pièce décisive : l’intensité du motif dépend de la longueur de la queue poly(A) de l’insertion, qui se comporte comme un microsatellite et s’allonge ou se raccourcit lors des divisions cellulaires. Conséquence pratique : lorsque cette instabilité survient dans la lignée germinale, des chiens peuvent produire des chiots dont la couleur ne correspond pas à ce que les parents laissaient prévoir. C’est le mécanisme du merle cryptique — un chien porteur du gène dont la robe ne le montre pas à l’œil.
Les chiffres de la surdité, sans dramatisation
Strain et ses collègues (Journal of Veterinary Internal Medicine, 2009) ont testé l’audition de 153 chiens merle de races variées au potentiel évoqué auditif du tronc cérébral (PEA), puis génotypé chaque animal :
- Merle simple (Mm) : 2,7 % de sourds unilatéraux, 0,9 % de sourds bilatéraux.
- Double merle (MM) : 10 % de sourds unilatéraux, 15 % de sourds bilatéraux.
Deux lectures à retenir. D’une part, l’écart entre simple et double merle est statistiquement significatif : doubler l’allèle multiplie nettement le risque. D’autre part, un double merle sur quatre environ est atteint dans cette étude — ce n’est pas une fatalité, et il faut se méfier des pages qui annoncent une surdité systématique. Précision honnête : cet échantillon rassemblait plusieurs races, il n’est pas spécifique au teckel.
La règle qui en découle
Ne jamais accoupler deux arlequins entre eux. C’est la seule façon d’exclure la naissance de doubles merles, et c’est aussi pourquoi le test génétique du merle a un vrai intérêt : il révèle les porteurs cryptiques qu’aucun examen visuel ne détecte. Devant un chiot très largement blanc, aux yeux clairs ou de tailles inégales, issu de deux parents arlequins, la question du double merle se pose — et seul un vétérinaire pourra évaluer l’audition et la vision de l’animal. Le guide consacré au teckel nain arlequin détaille le reste : socialisation, choix de l’élevage, budget.
Ce que la couleur ne vous dira jamais
Aucune robe ne protège ni ne fragilise le dos. Le risque discal du teckel tient à sa morphologie chondrodystrophique, pas à son pigment, et il se joue sur le poids, l’aménagement du logement et la façon de porter le chien — c’est l’objet de la prévention des problèmes de dos chez le teckel, et c’est infiniment plus déterminant pour sa vie que le choix d’une couleur.
La robe a en revanche un effet concret sur l’entretien, par le type de poil auquel elle est associée, et une peau dépigmentée ou fragilisée demande plus d’attention au bain et au séchage : la routine de toilettage du teckel vaut d’être adaptée dans ce cas.
Les questions à poser avant d’acheter
- De quelle couleur sont les deux parents, et puis-je les voir ou voir leurs photos ?
- Si l’un des parents est arlequin, l’autre l’est-il aussi ? Si oui, passez votre chemin.
- Un test génétique du merle a-t-il été fait sur les reproducteurs, et puis-je en voir le résultat ?
- La robe proposée figure-t-elle dans la liste du standard pour cette variété de poil ?
- Le supplément demandé pour la couleur correspond-il à quelque chose de vérifiable ?
Un éleveur sérieux répond à ces cinq questions sans se braquer. Une réponse évasive sur la couleur des parents, en particulier, est un signal en soi.
Sources et méthode
Les robes, tolérances, défauts éliminatoires et mensurations cités proviennent du standard FCI n°148 (Dachshund / Teckel), version française du 14 mars 2022, correspondant au standard officiel en vigueur depuis le 25 mai 2021. À noter pour ceux qui compareront avec d’autres pages : depuis cette révision, le tour de poitrine — mesuré à partir de 15 mois — est différencié par sexe. Teckel standard : plus de 37 à 47 cm chez le mâle, plus de 35 à 45 cm chez la femelle. Teckel nain : plus de 32 à 37 cm et plus de 30 à 35 cm. Kaninchen : 27 à 32 cm et 25 à 30 cm. Le standard ne fixe aucun poids.
Les éléments génétiques et sanitaires s’appuient sur quatre publications à comité de lecture : Clark LA, Wahl JM, Rees CA, Murphy KE, « Retrotransposon insertion in SILV is responsible for merle patterning of the domestic dog », PNAS, 2006 ; Varga L et coll., « Being Merle: The Molecular Genetic Background of the Canine Merle Mutation », Genes, 2020 ; Strain GM, Clark LA, Wahl JM, Turner AE, Murphy KE, « Prevalence of deafness in dogs heterozygous or homozygous for the merle allele », Journal of Veterinary Internal Medicine, 2009 ; Philipp U et coll., « Polymorphisms within the canine MLPH gene are associated with dilute coat color in dogs », BMC Genetics, 2005 ; et Caramalac SM et coll., « PCR-RFLP molecular confirmation of color dilution alopecia in dogs in Brazil », Journal of Veterinary Diagnostic Investigation, 2021.
Cet article est informatif et ne remplace pas une consultation. Toute suspicion de trouble auditif, visuel ou cutané chez votre chien relève d’un examen par un vétérinaire, seul habilité à poser un diagnostic.



